LE GR20 EN 4 JOURS FAÇON GALIPÉPÉ ET GALIJUU

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Nous sommes déjà début juin et notre été, avec Julien, n’est pas encore planifié.

Enfin si.. 2 courses autour du Mont Blanc sont déjà notées sur les tablettes : la TDS 120kms pour Juju et la CCC 101kms pour Laurie et moi fin août.

Il faudrait donc se dégager une petite semaine d’entraînement choc fin juillet afin de finaliser notre quota « volume ». Mon associée valide et hop c’est parti, suis libre du 19 au 27 juillet.

Quoi de mieux que de se faire à nouveau le GR20 en amoureux, que nous avions bouclé en 2012 en 6 jours, en 4 jours ce coup-ci afin de « corser » (waouh, le jeu de mots ;-)) l’aventure.

Le plus dur est de bien découper les 4 journées « hardos » qui nous attendent pour ce GR20.

C’est décidé, nous ferons :

-       jour1 : Calenzana-Vergio :50kms et 5000 D+

-       jour2 : Vergio-Vizzavona : 40kms et 3200 D+

-       jour3 : Vizzavona-Usciolu : 43kms et 2700 D+

-       jour4 :Usciolu-Conca : 45kms et 1500 D+

Nous tablons sur 17 heures d’effort le premier jour ( fonction du temps mis il y a 2 ans) et environ 12 heures les jours suivants( en tenant compte de la fatigue accumulée)… et oui, tu peux doubler tes temps habituels de progression dans la dure montagne corse !

D’un commun accord avec mon Juu, nous décidons de faire escale le premier soir à l’hôtel à Vergio, le 2ème en chambre d’hôte à Vizzavona et le 3ème dans le refuge d’Usciolu.

Ce choix était raisonné et en aucun cas pour assouvir notre goût du luxe ;-)

Dormir à l’hôtel ou en chambre d’hôte permet d’avoir un repas chaud le soir, même passé 21h, une douche chaude et une nuit, même courte, au chaud ( détail qui s’avèrera vital par la suite).

Maintenant, pour être sûr de réussir le GR20, faut gérer : LE POIDS DU SAC !!

Le détail gali-important voire gali-fondamental pour boucler ce GR en 4 jours tout en ayant le matos nécessaire en cas d’intempéries ( je remercie au passage Céline d’Endurance Shop pour ses bons conseils quant à la veste et au pantalon imperméables Lafuma qui m’ont sauvé la vie ;-))… sac de 5kgs avec l’eau pour moi et 8kgs pour Juu….ne pas oublier non plus, de se munir d’une paire de baskets trail NEUVES ! comme j’ai remercié mon cerveau (de blonde habituellement mais pas ce coup-ci) dans le cirque de la solitude quand mes adidas riot neuves accrochaient tant bien que mal la roche vertigineuse et glissante par la pluie torrentielle … un faux pas avec une vieille paire de chaussures et ciao les amis !

Et comme une aventure n’est pas une vraie aventure si tu ne galères pas dès le début, nous décidons de poser le dimanche 20 juillet notre voiture à Conca  (arrivée du GR20) et de remonter jusqu’au départ du GR à Calenzana en stop soit 200kms.

Mission accomplie grâce à la générosité de 6 conducteurs au total en 6h.. yes, ça commence bien !

Petit restau calenzanais et courte nuit à l’hôtel et feu pour ce périple qui débuta le lundi 21 juillet à 3h30 du matin !

 

JOUR 1 : CALENZANA-VERGIO : 50kms et 5000 D+

 

Réveil 3h du mat’.. on saute dans nos baskets, on fixe les frontales, on checke nos sacs à dos et Go Galinette/Galinours Gooo !!

On s’élance dans les rues de Calenzana pour accéder au départ du sentier du GR20, on est heureux, on va enfin en découdre ;-) Il est 3h35.

Petit hic au tableau : le ciel n’est pas étoilé dans cette nuit noire et on aperçoit des flashs réguliers dans le ciel qui annoncent un bel orage en prévision.

Au départ, on pensait qu’il s’agissait de paparazzis venus voler quelques clichés de galinette mais non, les cieux ont décidé de nous en faire baver !

Tant pis, on y va ! on progresse à bon pas dans cette première ascension. Quelques gouttes se font sentir au bout d’une heure. A peine le temps d’enfiler nos vestes imperméables et nos capuches qu’une pluie torrentielle s’abat sur nous. Les éclairs sont menaçants et le tonnerre gronde. Je commence à flipper « ma race » et glisse à mon Juu : « il faudrait peut-être se mettre à l’abri, non ? la foudre n’est pas loin »

Ce à quoi, Julien, impassible, tout en continuant son ascension, me rétorque : « la foudre n’est pas encore là, avance !! on se mettra à l’abri en temps voulu »

Et ben, il devait colonel dans une autre vie celui-là !! bon, je courbe l’échine et me plie aux ordres et je me dis que de toutes façons, ça ne peut pas être pire : on est détrempés, les baskets déjà pleines de boue, on glisse, les éclairs explosent partout, il fait nuit… bref ..

Et bien, quand tu penses être au plus mal, la grêle arrive !!

Elle te fouette le visage avec ses grêlons de la taille de gros petits pois.. punaise, mais jamais je vais tenir une journée complète de 17h dans ces conditions.. je suis qu’une pauvre petite galinette sans défense, moi ! ;-)

On accède à Bocca (col en corse) U Saltu.. ça se durcit à l’attaque de la première barre rocheuse munie de câbles. Heureusement d’ailleurs car de nombreux ruisseaux apparaissent le long de ces rochers avec cette pluie de ouf et rendent la roche hypra glissante.. les appuis sont fuyants.. Plus haut, à Bocca U bazzichellu, un vent glacé nous rappelle que la Nature est dure et quand les éléments se déchaînent, nous sommes très petits. On a l’impression d’être les acteurs d’un mauvais film d’horreur sans fin.

Déjà presque 3h que nous sommes partis et je suis sceptique sur mon envie de continuer dans ces conditions . J’ai froid et je me dis que si nous faisons une halte au refuge d’Ortu di u piobbu, je ne repartirai jamais..

Je ne fais pas part de ma baisse de moral à Juu afin de ne pas miner notre troupe.

Sauf que Julien me dit : « on s’arrête au refuge dans 15 minutes et on boit un thé ? »

Moi : « hors de question, on avance ! »

Je pense qu’il n’a pas compris sur le coup mais n’a pas moufté et a continué.. ouf, je n’abandonnerai pas ! La force de notre couple dans ce GR est de ne pas contredire l’autre et d’avancer. Quand tu galères vraiment et que c’est dangereux, t’as pas le temps de te disputer. Enfin, c’est ce que j’ai retenu ;-)

On croise, aux abords du refuge d’Ortu, les premiers randonneurs qui se réveillent.

Il est 6h30 du mat’.

Il fait jour et nous pouvons donc commencer à regarder les paysages. Bon, la visibilité n’est pas au top aujourd’hui, il y a même du brouillard mais la pluie cesse pour le moment.

L’ascension qui suit le refuge d’Ortu se fait dans la minéralité absolue avec de gros blocs de roche. La montagne est austère. On découvre au sommet un cirque de montagnes magnifique. Les cîmes sont découpées et tranchantes. C’est sublime !

On longe la crête d’un côté puis de l’autre et on finit par attaquer la descente bien technique de 750 D- qui mène au 2ème refuge, celui de Carruzzo.

Enfin, la première pause ! Il est 9h30..On a 30 minutes piles pour se ravitailler et pas une seconde de plus ;-) Pauvre Juu… je ne lui laissais même pas une minute de plus de répit.. en même temps, si tu veux boucler 5 étapes et ½ du GR20 en une journée, faut pas traîner !

On commande au jeune gardien du refuge 2 coca et une belle assiette de charcuterie avec du pain et on en profite pour papoter avec lui. Comble du hasard, il connaît Patrice Marmet !! ;-)

Il nous confie qu’il a fait lui aussi le GR en 4 jours il y a peu de temps.. comme quoi, en 2 phrases, on a plein de points communs .

30 minutes écoulées, on enfile à nouveau le sac et zou, direction Asco !

On traverse la passerelle de Spasimata, longue de 30 mètres et suspendue à 15 mètres de hauteur. Il y a 2 ans ; je me cramponnais aux câbles pour la franchir mais cette année, pas le temps de faire la fillette, je regarde droit devant moi et au pas de course, je suis déjà de l’autre côté !! yes !

Ah oui, vous n’êtes peut-être pas tous au courant, mais j’ai un vertige maladif, celui qui t’oblige parfois à te cramponner comme une sangsue sur une paroi rocheuse tout en pleurant et en insultant la personne qui t’a obligée à faire ça ;-)

Suivent ensuite de grandes dalles sécurisées par des câbles ( encore) dans une combe d’origine glaciaire… cet endroit est un des endroits que je préfère dans le GR20. De la roche, un ruisseau, des aulnes, des tâches vertes de mousse. Nous avons le sourire. Il fait un peu moins froid, nous sommes à l’abri dans cette montée.

On croise le lac de Muvrella plus haut. Il a enfin une gueule de lac avec les précipitations de cette nuit ! il y a 2 ans, il ressemblait plus à une flaque vaseuse à têtards.

Plus nous montons, plus le vent glacé se fait sentir. Le brouillard, lui aussi, s’invite à nouveau sur le parcours.

Mince, nous avions prévu d’opter pour la variante qui va de Bocca di stagnu au cirque de la solitude par la crête.

C’est trop risqué. Nous ne voulons pas jouer avec une hypothermie. On choisit donc de descendre à Asco pour remonter ensuite au cirque de la solitude. Aïe, ça rallonge notre parcours et déjà que nous ne sommes pas super en avance sur nos prévisions à cause de la météo.. tant pis, il vaut mieux arriver tard que ne jamais arriver !!

On dégringole avec le sourire aux lèvres dans la descente toujours très technique qui mène à Ascu Stagnu et c’est reparti pour l’heure de vérité : On se dirige vers Bocca Tumaginesca ( col perdu), entrée de E Cascettoni= cirque de la solitude !

Lors de la montée, j’enfile mon pantalon imperméable pour couper le vent qui glace mes jambes. Je tiens à peine debout avec ces rafales. Nous luttons, tête baissée. Mes pensées se ternissent : « comment va être ce terrible cirque de la solitude avec la pluie qui est tombée ? vais-je être transie de peur ? et si je n’y arrive pas ?.. »

Le problème, dans les montagnes corses, c’est que tu penses arriver au sommet mais tu n’y arrives jamais… enfin presque .. un panneau en bois sur lequel est inscrit : « bocca tumasginesca » apparaît ! on entre dans le cirque de la peur !

Face à nous, la roche poussée à l’extrême avec une pente vertigineuse et des chaînes partout pour descendre, tout ça nappé dans le brouillard… jusque là, je me sens à peu près bien.. il y a 2 ans, nous avions mis 40 minutes pour traverser le cirque alors haut les cœurs pépé !

Nous croisons un premier randonneur perché sur le haut de la première chaîne en pseudo difficulté avec le poids de son équipement. Quand je les vois  et que j’imagine le poids de leur sac, je me dis qu’on est bien lotis avec nos 5 et 8 kgs sur le dos .

Je lui demande si je peux passer devant lui ( je sais que si je reste trop longtemps derrière, je vais gamberger et mon vertige ne sera que plus fort).

J’attaque donc la 1ère chaîne. Mon pied glisse dès que je le pose sur la roche.. je me crispe sur le métal, ma gorge se serre, mon pouls s’accélère, mes jambes tremblent.. et mince, mon satané vertige prend le dessus ! les larmes commencent à faire briller mes yeux mais je les contiens.. je ne le montre pas à Juu mais je suis transie de peur.

Je descends tant bien que mal la longue série de chaînes puis vient la traversée transversale du cirque pour ensuite opérer la remontée de l’autre côté.

Contrairement à ce que vous pouvez penser, la remontée est pire que la descente ce jour-là… nos pieds glissent malgré les semelles neuves. Une échelle de la mort qui tue, puis encore des chaînes.. bbbooouuuhhhhh, nerveusement, j’en peux plus…

Je continue, me force, surpasse ma peur et finis par arriver au sommet !! je m’écroule et fonds en larmes !! Julien me prend dans ses bras et me félicite ! je n’arrête pas de pleurer, je suis à genoux. PUTAIN que c’était dur avec la roche glissante.

Au final, nous avons donc mis 1h40 contre 40 minutes il y a 2 ans par temps sec ! et allez, encore du temps perdu sur le timing ! ;-)) je plaisante bien sûr.. le temps importe peu. Je me dis juste qu’il faut arriver et en un seul morceau.

Les doutes sur notre capacité à boucler les 5étapes ½ prévues ce jour là commencent à poindre. Il est déjà environ 16h et nous ne sommes pas encore au 4ème refuge et Juu doit en être à sa 5ème ou 6ème chute.

On attaque, jambes cotonneuses après ce cirque de la mort qui tue, la longue descente vers le refuge de Tighjettu. On le dépasse et on trace jusqu’à la bergerie de Ballone, à 15 minutes de là,  à laquelle on s’arrête pour la seconde pause de la journée : 30 minutes et pas une de plus ! ;-)

Un jeune homme nous concocte des omelettes fromage/jambon bien chaudes avec deux cocas.. je ne vous dis pas comme on les a appréciés ;-))

On est bien reboostés, on repart.. allez, plus qu’1 étape et ½ et à nous le repas chaud et la nuit au chaud à l’hôtel de vergio.

Franchement, physiquement, on se sent bien. On arrive à avaler les kms de façon déconcertante, je trouve. Nous grimpons jusqu’à Bocca di fuciale et là, on « coupe » à la façon corse juste en dessous du refuge de Ciottulu di i mori que nous shuntons pour rejoindre la portion descendante qui amène à Vergio.

C’est The endroit of The Vasques !! mais avec le froid et à 18h30, elles ne nous tendent pas trop les bras pour y faire un plouf !

Le terrain nous permet enfin de courir ! en effet, jusque là, les portions « courables » ont été très brèves tellement le terrain est technique.

On déroule les jambes, ça fait du bien… on essaie depuis 1h de joindre l’hôtel pour les prévenir de notre arrivée tardive mais aucun réseau.

Vers 19h45, environ 1h avant d’arriver à Vergio, on parvient finalement à les avoir. Le responsable de l’établissement nous rassure en nous disant qu’il nous gardera 2 repas chauds sans souci. Rien que l’idée de savoir que nous allons nous doucher à l’eau chaude, manger un repas complet et chaud et dormir au chaud me réconforte après cette dure journée de 17h à affronter les éléments. Et dire que demain, faut remettre ça ! faut qu’on se fasse soigner ! ;-)

Petite frayeur à quelques minutes de l’arrivée : alors que nous courions, un sanglier déboule à 60kms/h et dévale la pente à la perpendiculaire par rapport à nous. Il passe comme une fusée à quelques mètres derrière moi sans que je n’ai pu saisir ce qu’il se passait.. comme quoi, il se décalait un peu et j’y passais.. faut que cette journée s’arrête là !

Emilie ( Lecomte), je pense souvent à toi durant ces 4 jours et je me dis que tu es hors norme pour avoir bouclé ce GR en à peine plus de 41h ! Respect total !

Yeeeees, on voit l’hôtel ! douche chaude, repas chaud avec soupe, viande, légumes, féculents, dessert et bouteille de rouge bien sûr ! le top du top ! vite au lit pour une courte mais bonne nuit .

 

JOUR 2 : VERGIO-VIZZAVONA : 40kms et 3200 D+

Réveil 5h15, on petit-déjeune dans la chambre pain et confiture que le gentil monsieur de l’hôtel nous avait préparés la veille. On saute dans les baskets et zou à nous les montagnes corses ! Go Galinette/Galinours Goooo !

On court dès le départ à 6h10. Le sentier passe en forêt et est plutôt plat .. punaise, plat !! je ne pensais plus pouvoir dire ça !

Les jambes sont un peu lourdes et il faut un petit laps de temps pour les dérouiller. Ah, enfin, une ascension !! ça manquait !! ;-)

San Petru apparaît avec ses arbres penchés à l’horizontale à cause du vent quasi permanent dans ce coin là. Les vaches nous accueillent. Au sommet, un single nous permet à nouveau de courir et de découvrir le magnifique plateau du lac de Ninu avec ses chevaux sauvages et ses pozzines. C’est un endroit unique et paisible. On se croirait presque en Irlande avec cette herbe verte partout.

Julien se remémore le trail de la restonica qui passe par là. Il me raconte quelques anedoctes, on rigole, on est détendus.. ça change d’hier.

On longe les bergeries de Vaccaghja puis on arrive au refuge de Manganu mais aucune halte de prévue alors on trace !

On attaque, un peu fatigués déjà, la montée vers la brèche de capitellu… cet endroit est mon 2ème endroit préféré du GR. Que cette minéralité est belle ! Après une longue ascension, on progresse à travers rochers et pierriers avec en ligne de mire une petite lucarne en haut : la fameuse brèche de Capitellu ! Une fois au sommet, la vue est somptueuse. Nous surplombons les lacs de Melu et Capitellu, 2 des lacs joyaux de la montagne corse. On papote avec 2 corses qui accueillent les randonneurs à ce point stratégique et qui me regardent avec des yeux écarquillés quand je leur dis que nous sommes partis hier matin de Calenzana.

Bon, c’est pas tout les gars, mais faut pas traîner ( je crois que c’est la phrase clé de notre GR20 celle-là !).

On progresse le long de la crête tout en sautant de caillou en caillou.. un gars essaie de nous suivre mais que neni !

On poursuit en arête ou en chemin de crête pour rallier Bocca Rinosa suivi de Bocca Muzzella. Une descente pierreuse et on arrive à un petit plateau herbeux où apparaît le refuge de Petra Piana.

Aaaahhh, première pause de la journée ! Comme d’hab, 30 minutes et pas plus ( enfin, on essaie).

Assiette de charcuterie, fromages et pain + 2 cocas ( faut dire qu’on n’a pas trop le choix dans les refuges ;-)). On se pose sur la terrasse qui surplombe la vallée, c’est superbe.

On papote avec des randonneurs qui font un peu de trail. Ils sont, eux aussi, impressionnés par la rapidité de notre progression sur ce GR. Faut dire qu’il s’agit du 7ème refuge et ça représente donc pour la majorité, 1 semaine de marche.

Je regarde ma montre.. allez, zou, on décampe, ça fait déjà plus de 30 minutes.

On décide de faire une infidélité au GR en prenant la variante qui emprunte les crêtes de Petra Piana à Onda. On gagne 1 heure facile en faisant ça et d’après ce que tout le monde dit, c’est plus joli.

Effectivement, rester sur les crêtes nous permet d’admirer la vue d’un côté et de l’autre de la montagne enfin quand il n’y a pas trop de brouillard. J’aime beaucoup aussi cet endroit.

Pour le moment, sur le GR, personne ne nous avait doublés. Nous n’avons pas croisé de traileurs. En se retournant, on aperçoit un gars qui avance à vitesse grand V derrière nous et est sur le point de nous rattraper ! NOUS RATTRAPER ? chose inimaginable pour galinette et galinours qui se mettent en mode compet’ ! quand j’y repense, je me dis qu’on est vraiment débiles de faire des trucs pareils, mais c’est rigolo ;-)

Le gars arrive à notre niveau. Il s’agit d’un des randonneurs avec qui nous avons papoté tout à l’heure au refuge de Petra Piana. Il s’accroche à nous mais nous avons augmenté le rythme bien évidemment alors il souffle comme un bœuf ! Non mais, on va pas se faire griller !! ;-)

Quelques minutes plus tard, sous couvert d’une excuse bidon du style « je dois attendre ma femme et mon pote », il s’arrête et nous fausse compagnie.

Avec Juu, nous nous regardons : « YES, on l’a eu ! » ;-)

Nous doublons un peu plus loin un groupe de 4 jeunes randonneurs qui progressent assez vite. Je les passe en courant et Juu fait de même. Je les entends jeter à Julien : « Vas-y Kilian !! » mdrr

Nous surplombons enfin le refuge d’Onda sans s’y arrêter ( et oui, vous l’aurez compris, nous faisons halte dans un refuge sur 2).

Une belle ascension se profile avant de se jeter dans la méga descente de1200 D- qui nous mène à Vizzavona.

Cette descente est, je pense, la plus longue et la plus technique du GR. Faut avoir les cuissots bien préparés pour faire face à cet effort !

On longe un ruisseau, des vasques, on court en forêt. C’est agréable.

La fameuse cascade des anglais.

On arrive à 18h45 à Casa Alta, la chambre d’hôte que nous avions réservée au dessus de la gare de Vizzavona.

Les propriétaires du lieu sont adorables. Leur accueil fait chaud au cœur. Ils sont aux petits soins pour nous. Ils nous promettent même un petit déjeuner complet pour le lendemain matin 5h30 ( départ prévu à 6h).

Lessive de nos tenues du jour, douche et hop au resto « le chef de gare » à Vizzavona.

Quel régal ! une bonne Pietra, salade, viande, dessert, de quoi requinquer nos petits corps meurtris par le froid et l’effort. On se réchauffe, on sourit, on est heureux d’avoir déjà bouclé cette partie nord du GR avec des conditions météo déplorables.

Un petit kilomètre à pied pour retourner dans notre nid douillet. Une nuit au chaud, quel luxe !!

 

JOUR 3 : VIZZAVONA-USCIOLU : 43kms 2700 D+

 

Réveil à 5h du mat’. Cela devient de plus en plus dur chaque matin d’ouvrir les yeux.

Nos jambes commencent à tirer, enfin, l’ensemble de nos muscles se manifeste.

Mais le mental prend le dessus. On a déjà accompli plus de la moitié du parcours et cette portion Nord est la plus dure du GR.

Chose promise, chose dûe : le petit dej’ est servi à 5h30 : pain, confitures maison, thé ou café, viennoiseries, jus de fruit, yahourts, fruits, etc… un repas de roi !

On part, à 6h15 du mat’, le ventre plein et le mental à bloc !! rien ne peut nous arrêter !!

Ce 3 ème jour est notre journée de super forme ! On ne comprend pas bien mais nous arrivons à courir quasi de façon permanente, les muscles suivent, pas de douleur … on a troqué nos corps contre ceux de 2 warriors.

Faut dire que les paysages « s ‘applanissent » dans le sud. Les portions courables sont plus fréquentes. De Vizzavona à Capannelle, nous courons tout le temps. Le parcours est essentiellement fait de  singles en forêt à peine vallonnés.

Sur cette partie, nous apercevons pour la première fois la mer. ( on l’avait vue uniquement le premier jour sur les hauteurs de calenzana et dans la nuit).

Une fois n’est pas coutume, nous faisons halte dans le premier refuge du jour celui de Capannelle. Quelques canistrellis, un coca et zou, on repart. Courir creuse plus que marcher ;-)

Nous n’optons pas aujourd’hui pour la variante par le Monte Renoso comme il y a 2 ans. Nous avions perdu beaucoup de temps car le sentier y est très mal balisé.

De capannelle à Bocca di Verde, sur le GR, on court en non stop. Tout va bien. C’est stupéfiant cette capacité à emmagasiner les efforts. Je me dis que le corps humain a des ressources secrètes.

La météo semble être de notre côté ce matin là. C’est chouette.

Les choses se durcissent à nouveau dans la montée vers le refuge de Prati. Une belle ascension corse comme on les aime vers Bocca d’oru. Le rythme se ralentit. Le vent ressurgit.

Le refuge de Prati fait son apparition dans son écrin d’herbe tendre et sa magnifique vue sur la mer. Un endroit paisible et unique.

Temps de la classique pause de 30 minutes ;-) On enfile les vestes, ça commence à cailler avec le vent.

On entre dans le refuge afin d’acheter notre ravito. J’en ai un peu marre du cochon et du fromage. J’aimerais changer.

Je demande à la gardienne du refuge ce qu’elle propose à la vente et là, l’extase, la surprise, le luxe !! Elle me rétorque : « j’ai des salades niçoises » !!

Waouh !! des salades niçoises !! Je commence déjà à m’imaginer la magnifique salade verte fraîche, avec les œufs durs, les haricots, les anchois… je salive, j’en peux plus.. ( la blonde dans toute sa splendeur).

Et la dame rajoute : « y’en a avec des pâtes si vous voulez »… des pâtes ?? dans la salade niçoise ?? j’aurais dû me douter à ce moment-là qu’il y a avait un hic … en même temps, si t’es pas blonde, tu réfléchis et tu te dis que dans un refuge coupé du monde, sans route, ravitaillé en hélico une fois par semaine, tu ne peux pas avoir de produits frais !!

Et là, la fameuse salade « niçoise » fait son apparition dans une magnifique boîte de conserve, de marque « pseudo-saupiquet », avec des pâtes entourées de gelée, des morceaux de carottes fluo et des petits pois du chili cuits il y a 2 ans… On éclate de rire avec Juu … qu’est-ce qu’on est blonds !!

On avale notre « salade » pâtes, thon, carottes fluo, petit pois et maïs, du pain et un coca. Et c’est reparti… Le temps se gâte, ça manquait.

On attaque les crêtes qui serpentent de Prati vers Usciolu.

Une pluie battante s’abat sur nous une nouvelle fois. Veste, capuche, gants, tête baissée, on affronte les éléments comme la veille.

Il fait vraiment froid.

Faut dire que je suis très sensible au froid. Dès la moindre petite baisse de température, je ne sens plus le bout de mes doigts et de mes orteils.

Je cogite et dis à Juu : « et si on ne s’arrêtait pas à Usciolu pour la nuit et qu’on continuait jusqu’à Conca ? » j’ai vraiment peur, en stoppant à Usciolu, de faire une hypothermie ( douches gelées, refuge en plein vent, etc…) alors qu’en courant, je maintiens une température correcte.

Julien refuse ma proposition, met ça sur un coup de fatigue et me rétorque : « on s’arrête à usciolu comme prévu .. tu verras, ça va bien se passer » !! punaise, quelle erreur !!

Il est 17h30 et nous arrivons, mouillés, au refuge venté et dans le brouillard … j’ai encore l’impression d’être dans un mauvais film d’horreur.

Allez, à la douche tout de suite, pas de temps à perdre.

Nous faisons la queue dehors devant la seule et unique douche du refuge ( pour environ 60 personnes). 3 personnes attendent devant nous. Le vent nous glace pendant 20-25 minutes avant d’affronter l’eau glaciale du jet de la douche… je sors en claquant des dents et même en me couvrant ( T shirt, T shirt manches longues, polaire, veste goretex + doudoune, cuissard et pantalon imperméable) mes os restent glacés pendant plus de 2 heures à l’abri dans le dortoir. Il en est de même pour Juu.

Nous commandons notre repas du soir.. enfin, repas…. Il s’agit d’une assiette de pâtes avec 2 morceaux de carotte et champignons de Paris.. pas de viande, ni entrée, ni fromage, ni dessert, ni pain et ce, pour la modique somme de 10 euros par personne !!

Tu dois, en plus, aller te chercher ta « gamelle », comme un chien, dans la cahute du gardien ( qui lui, reste bien au chaud) à 100 mètres au dessus du refuge.

Vous imaginez donc que le temps de redescendre votre plat de pâtes dans la cuisine du refuge, il est gelé avec le vent !

Pas assez de place dans la cuisine pour que tous les randonneurs puissent s’attabler. Et le clou du spectacle, alors que tu viens à peine de trouver une micro place sur un banc au bout de 15 minutes, pour enfin avaler tes pâtes froides, le gardien débarque en beuglant avec son accent corse : « allez, faut libérer la cuisine, un groupe arrive et je dois les servir » ( entendez par là, un groupe qui lui rapporte plus d’argent que nous) !

La majorité des randonneurs commence à se tendre face à un accueil aussi déplorable et moi en particulier. Je me dis que s’il continue à me titiller, je vais lui rentrer dans le lard !

3 jours d’effort aussi intenses pour vivre ça !! Une tension palpable à tous les coins du refuge.

Il est 20h30 et il est l’heure de se pieuter.

Hors de question de faire le dernier pipi du soir dans les WC du refuge au relent de « chlamydia ».

Je décide donc de remonter le sentier du GR par lequel nous sommes arrivés et de me trouver un petit buisson afin de vidanger ma vessie.

Mais non !!! qui me chope en train de remonter sur le chemin ?? Ce satané gardien mal-aimable à la barbe mal rasée, au ventre bedonnant, et à l’odeur limite.

« où tu vas ?? » me dit-il

« je vais pisser » je lui rétorque

« tu ne pisses pas dans la nature ! va dans les WC ! »

Et là, ça me monte, ça me monte et je lui réponds : « tes chiottes sont pourries, je ne risque pas de pisser dedans ! »

Rhhooo punaise, je pense que j’ai dit la phrase de trop !

Il s’excite comme un putois, il gesticule dans tous les sens : « comment ça mes chiottes sont pourries ?! comment ça ! »

Il descend jusqu’aux sanitaires, ouvre la porte et clame à tous les randonneurs passant à côté : « comment vous les trouvez mes WC ?? je les lave tous les jours, comment vous les trouvez ?? »

Le randonneur le plus proche, un peu pris de court : « eeeuuuhhh, ça va….. » il ne veut certainement pas attiser plus la connerie du gardien.

Je le regarde droit dans les yeux et lui dis : « bon, c’est bon, abandonne »… j’arrête là, la polémique… la connerie est plus forte que tout alors, ne nous rabaissons pas.

LE REFUGE D USCIOLU EST VRAIMENT A PROSCRIRE !!

Nous partons, avec Juu, nous coucher dans le dortoir. On se gèle. On ne fermera pas l’œil de la nuit à cause du froid.

 

JOUR 4 : USCIOLU-CONCA : 45 KMS ET 1500 D+

 

A 5h15, on décide de lever le camp. Une minute de plus dans ce refuge est une minute de trop.

Ce matin là, y’a pas de Go galinette/galinours Go !

On s’éloigne, sans regret, sur la crête. On est épuisés. Nos yeux tiennent à peine ouverts.

Cette dernière journée s’annonce très difficile.

Je trébuche sans cesse. On avale quelques barres énergétiques pour tenir le coup.

Sur la crête, en redescendant, je coince mon pied droit dans 2 pierres en forme de lame verticale, je vrille sur la gauche et je chute. Heureusement que Juu était devant moi et m’a rattrapée, sinon je pense qu’une belle blessure aurait pu stopper net notre GR.

Pppffiiioouuu .. aujourd’hui, c’est dur… très dur.. physiquement et mentalement.

On ralentit le rythme afin de ne pas se blesser.

On se motive l’un l’autre .. allez, on y est presque !!

La plaine  avant l’ascension de l’incudine change vraiment. C’est un endroit à sangliers. Un vrai terrain propice à la chasse. On trottine gentiment.

Je me prends à nouveau une gamelle.

Puis la montée vers le Mont Incudine se profile. Juu paraît fatigué alors que moi, je reprends du service. Je mène le train dans l’ascension. Nous nous couvrons.. et oui, comme d’hab, le froid, notre super pote de GR, nous rejoint. Ainsi que son meilleur ami, le brouillard ;-)

Au sommet, une cinquantaine de randonneurs attendent dans les nuages et le froid qu’une messe soit célébrée. Pourtant croyants, nous ne faisons pas de halte et descendons vers le refuge d’Asinau.

Descente encore une fois « techniquissime ». Notre rythme de progression est volontairement bas pour éviter les chutes.

Asinau nous voilà ! pause règlementaire de 30 minutes.

Le gardien est cool. Un lonzo, du pain, 2 cocas. On se ravitaille avec les crêtes de bavella en guise de vue.

Juu veut prendre la variante par les crêtes de Bavella qui est annoncée comme sublime mais à proscrire en cas de mauvais temps. Les nuages commencent à napper la zone.

Je dis à Juu que je ne me sens pas de galérer une nouvelle fois avec des chaînes, le vertige, le froid, la peur.. je n’ai pas assez d’énergie.

Je sais, qu’en passant par le GR normal, un sentier monotone, infini et sans vue, dans la forêt de bavella nous attend.

C’est pas grave.. à ce moment-là, je préfère la sécurité monotone à l’émotion risquée.

Hop, on charge à nouveau les sacs à dos, et zou pour le single en forêt.

Une heure de gambadounette et le moral revient. On arrive à la fameuse intersection qui sépare la montée aux aiguilles de bavella du chemin classique.

Juu tente de me poser à nouveau la question : « bon, on la prend ou pas cette variante ? ».

Me voyant hésiter, il arrête 2 randonneurs hollandais rouquins pour leur demander en anglais si cette variante est dangereuse ou pas.

Forcément pour des Vickings, ça ne l’est pas.

Ils arrivent à me convaincre. Bon, grimpons vers ces fameuses aiguilles !

L’ascension est « droit dans l’pentu » comme on les aime.

L’arrivée sur les crêtes est fabuleuse. Une vue saisissante. Des cîmes découpées, quelques pins clairsemés, de grandes murailles rocheuses. Je ne regrette pas.

Encore un endroit à couper le souffle.

Dans un petit coin de ma tête, trotte tout de même l’image d’une chaîne que nous sommes censés croiser sur ces sommets.

La voilà !!! heureusement, dans le sens de la montée pour nous : une dalle sécurisée par une main courante. Je la monte en essayant de ne pas me poser trop de question et ça passe !! ouf

Que du bonheur sur cette section : on se sent bien, la vue est sublime, le passage délicat est passé. YES !

On plonge vers le col de bavella, l’endroit à touristes !! waouh, la vache… ça change de nos montagnes désertes. Des voitures partout, des familles, du bruit, des restos, des bars… houlalala mais galinette et galinours des grottes sont perdus là ;-)

Nous nous faufilons discrétos, et récupérons le sentier un peu plus bas. Je commence à avoir le haut de la cuisse droite qui se contracte et m’empêche d’avancer correctement (certainement en rapport avec ma chute de ce matin).

Suis handicapée en descente et sur le plat. Je serre les dents.

On aperçoit 2 heures plus tard le tranquille refuge d’I Paliri. Que cet endroit est calme et paisible.

Il fait beau. On peut enfin se caler au soleil sur la terrasse. Le gardien du refuge nous accueille chaleureusement. On blague, on se ravitaille. L’ambiance est sereine.

Et dire qu’il ne nous reste plus qu’une étape et nous bouclons ce GR20 !!

On se pose 30 minutes comme d’hab avec charcuterie, pain, twix, coca et soleil … on pourra dire que notre régime pendant 4 jours était digne de bons amerlocs !

Je n’ai pas envie de repartir tellement on est bien.

Mais il le faut ! il est 14h30.

La chaleur est enfin là. On en a pour 3h30 pour arriver à Conca et il va falloir économiser l’eau du camel. Pas de source notée sur cette portion donc faudra faire avec les 2L de notre poche à eau.

Ma jambe me fait terriblement mal. Je m’arrête en descente pour m’étirer et je suis contrainte à la marche. Le sentier n’en finit plus de tourner, de monter, descendre les cîmes. Nous n’en voyons plus le bout.

Enfin, cette porte dans la roche qui annonce la descente vers Conca !!

On pose le pied sur le goudron. On voit le sommet du clocher de l’église !! Bon Dieu, nous y sommes !!

Un petit Selfie devant le panneau de l’arrivée à Conca scotché sur le mur du mythique bar de la victoire !

Nous nous embrassons avec Juu. On l’a fait !! oui, on l’a fait ce GR20 en 4 jours avec des conditions météo difficiles ! On déguste enfin notre bière sur la terrasse du bar en échangeant avec d’autres randonneurs et le patron du bar.

Que d’émotions…  Ce GR rime avec dureté, dépassement de soi, beauté, froid, chaleur humaine, défi, symbiose, douleur, sourires …

Le GR20 nous rappelle que nous ne sommes pas grand chose face à la Montagne et à la Nature. On vous conseille d’aller vous y frotter.

GR20 rime surtout avec UNIQUE . Le plus bel endroit au Monde pour moi.

C’est pas pour rien que nous l’avons déjà fait 2 fois.

 

 

 

 

 

 

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