Le CR du Trail de Bourbon par GaliLaurie

« Le Trail de Bourbon… une improvisation… pour terminer la saison!

112km, 6800D+, ce n’est pas la diag, mais un vrai ultra, sur un format de course qui me plaît beaucoup.

 

Samedi 1er octobre au matin, nous sommes à 21 jours de la course, petit texto du matin… yes j’ai un dossard pour le trail de Bourbonl!!! Direction la Réunion :-)

En 21 jours, il faut : préparer le voyage, réserver les billets d’avion, négocier 2 jours avec mon chef d’établissement, trouver le logement… et s’entrainer un peu aussi non?! Me voici embarquée dans le tourbillon de la diagonale des fous, et heureusement que je peux compter sur mes fous de copains pour m’aider. Ma galinette, Damien et Juju qui m’hébergent pour les quelques jours avant la course. Ma copine Cristel, qui habite là bas depuis 5 ans, m’hébergera la semaine suivant la course et posera une semaine de vacances pour vadrouiller dans l’île avec moi. Christelle et Nico, nos amis de Briançon, ainsi qu’Aude et Nico s’occuperont de me trimballer à droite et gauche pour la logistique liée à la course. Et enfin, la Team Gaspar m’intègrera dans son équipe, pour une assistance ravito 4 étoiles. Je rejoints ainsi mes 3 autres co-équipières du trail de Bourbon, Audrey, Mélanie et Stéphanie. Je suis en mode assistée complet là!! ;-)

Côté entrainement, une improvisation aussi, avec un bloc d’entrainement d’une semaine se terminant par le trail du Cousson de 44km à J-12 du Bourbon. Depuis mon UTMB avorté, il faut avouer que mon hygiène de vie est tout sauf exemplaire, tandis que mes entrainements se résument à des sorties en nature au feeling. Bref, on va faire avec, et ça me fait trop délirer! Au passage, je dois faire face aux taquineries de mon galinours : « Laurie, tu vas faire une sous-course là, faut que tu fasses la diag!! » Heu commet dire, je n’ai pas l’entraînement pour…

 

Mercredi 19 octobre au matin, je débarque à la Réunion, après ma journée cross du collège le mardi et une nuit dans l’avion. Je suis à l’arrache et heureusement que ma galinette a organisé mon arrivée, heureusement que je peux compter sur Christelle et Nico, qui me pilotent durant toute la journée du mercredi : me récupèrent à l’aéroport, me font manger, m’emmènent retirer mon dossard et déposer mes sacs assistance à Phil, le manager du team Gaspar. Phil, l’incarnation même de la discrétion (perruque et tutu verts, mascotte géante), à notre image quoi, perfect, on va bien s’entendre ;-)

 

Jeudi soir, j’ai un pincement au coeur en voyant mes 3 fous quitter la villa pour prendre le départ du grand raid… ils ne seront pas de retour avant 35-40h passées sur les sentiers réunionnais, et ça me file le frisson, rien que d’y penser!

 

Vendredi soir, c’est à moi de prendre le départ. Nico et Aude viennent me chercher avec leur petite Alicia. Je rejoints les filles de la Team Gaspar et prends le départ avec Audrey. Nous nous plaçons sur la première ligne de coureurs au départ… Et ça part, comme prévu, au sprint! Nous nous tenons le bras pour éviter que les mecs nous fassent tomber et nous piétinent, technique validée!! ;-)

Nous avons 6km de faux-plat montant à faire, à allure seuil, afin de ne pas nous faire bloquer dans la première montée qui nous conduira au gîte du piton des neige. Irina nous rejoindra au début de cette première ascension. Elle n’est pas dans un bon jour, alors je la rebooste et nous attaquons cette longue ascension ensemble. J’ai volontairement levé le pied afin de me mettre en mode ultra gestion, Audrey maintien une allure un peu plus vive que la notre. Nous papotons tout le long avec Irina, à tel point que je ne vois pas passer cette montée de 1000m de déniv. Les sensations sont excellentes pour moi, et Irina retrouve de son énergie. Nous remontons déjà pas mal de filles, et sans forcer. Arrivée à Hellbourg, km 23, elle prendra son envol. Je resterai à 15min des filles (Audrey et Irina) jusqu’à Roche Plate (51ème kilomètre)… jusqu’à ce qu’un petit incident se produise… j’y reviendrai un peu plus tard, en attendant, le jour se lève sur Mafate. J’entre dans le cirque, je suis au pays des merveilles, je savoure chaque pas, chaque foulée, dans cet endroit magique. Je suis en pleine forme, j’ai passé une nuit dehors mais c’est comme si je commençais à peine à courir, je savoure la chance que j’ai d’être là (et dire que ce n’était pas prévu), je filme à gogo… mais parallèlement je commence à entrer dans la compet! Je suis alors 4ème, je n’ai pas encore commencé mon effort, les filles ne sont qu’à quelques minutes… il y a moyen de faire un truc sympa là… ces paroles résonnent dans ma tête comme un moyen de prendre ma revanche sur l’UTMB que je n’ai pas pu finir. Je continue sur ce rythme d’ultra gestion, cela ne sert à rien d’accélérer maintenant, je ne peux toutefois pas m’empêcher de penser aux paroles d’Amandine « Laurie, elle aime bien rester dans sa zone de confort », et ben oui, c’est tout à fait cela à ce moment là, j’assume, et surtout je sais que la course est encore longue et que c’est la bonne stratégie.

 

Pointage à Roche Plate, c’est le moment d’attaquer la longue montée du Maïd. Au niveau de la brèche, une bifurcation, 2 bénévoles sur la gauche, en direction du sommet du Maïdo, et un autre en direction d’un chemin qui descend. Ce dernier m’interpelle « trail de bourbon? », je réponds oui et m’avance vers lui et vers ce chemin (que je n’avais même pas vu), je lui demande si c’est par là, il me répond que oui… sauf que… ce n’était pas là!!!! Je vois pourtant le balisage partir sur la gauche, vers le sommet, je vois pourtant des coureurs partir dans cette direction (mais ceux sont des coureurs de la diag)… donc j’attaque la descente, pensant que la trail de Bourbon descend un peu plus bas pour remonter ensuite au sommet… Je continue ma descente malgré le fait qu’il n’y ai pas de balisage (je me dis « normal on est dans Mafate, espace protégé »), qu’il n’y ai pas de coureur du Bourbon (je me dis « normal, ça fait un petit moment que je n’en croise pas »), je reste à l’affût d’un éventuel départ de sentier sur ma gauche… Rien du tout… j’appelle alors Nico, qui connait le parcours « Nico, tu me confirmes qu’à partir de Roche Plate, le parcours est le même que la diag? » Je connais la réponse… Un « oui Laurie » résonne dans le téléphone! Tout en expliquant à Nico ce qu’il s’est passé, je remonte à vive à allure tout ce que j’ai descendu, je ne savais pas que je j’étais capable d’une telle vitesse ascensionnelle. Au croisement, le jeune n’y est plus, je fais une réflexion aux 2 autres bénévoles qui ne savent même pas de quoi je parle… Bref, un épisode complètement délirant. On s’est mal compris avec ce jeune! Mais en attendant j’accuse 30min de plus de retard sur les copines et surtout un coup au moral dont je ne me remettrai jamais. La course a changé de visage, à partir de ce moment là. En effet, je suis à 45min du podium et je dois désormais lutter pour que des filles qui étaient 30min derrière, ne reviennent pas sur moi, c’est la méga loose, la motivation n’est pas du tout la même!!

Je commets ainsi ma première erreur, celle de vouloir passer la vitesse supérieure dans le Maïdo… malgré les recommandations de Christelle… Mon cerveau, qui gérait tout jusqu’à présent, ne contrôle désormais plus rien… Je suis dirigée par ma colère et mes émotions. Premier appel à mon père afin qu’il m’aide à gérer cela, passage au sommet du Maïdo, ravito puis descente sur Sans Soucis. Sur cette longue descente, j’alterne des passages de renoncement durant lesquels je marche, avec des passages de descente bien trop rapide (où je casse à bloc de fibres) lors des moments d’espoir de reprendre un peu de mon temps perdu… encore une bien belle erreur. Je passe outre le fait que je ne m’alimente quasi plus et ne bois pas assez, omnibulée par ces 30min perdues. Le pire c’est que j’ai conscience de toute mes erreurs, mais je persiste! Je suis complètement hors de ma propre course, centrée sur les filles de devant et sur celles de derrière, bref c’est n’importe quoi.

A Sans Souci, il reste 40km environ à parcourir! Quel bonheur de retrouver Aude et Phil, j’ai les larmes aux yeux quand je leur raconte ce qu’il m’est arrivé, je ne me reconnais pas du tout dans cette attitude… mais j’ai tellement l’impression qu’on « m’a volé » ma course, que je ne supporte pas cette injustice. Avec le recul, c’est pourtant de ma faute ce qu’il m’arrive, je n’avais qu’à étudier le parcours en amont, je n’avais qu’à m’assurer une 2ème fois de l’indication donnée.

Je pense plus que jamais à ma galinette, je ne suis pas avec elle, mais je sais ce qu’elle endure, on se connait tellement bien. J’ai suivi ses temps de passage sur le live toute la journée, je sais que ce ne sont pas les temps qui correspondent à son niveau, je sais donc qu’elle lutte contre son mal au genou et probablement contre ses problèmes respiratoires. Et moi, beh je n’ai tout simplement pas le droit de me plaindre.

Mais ce qui devait arriver arriva, un coup de chaud, que je gère finalement rapidement, mais qui entame encore un peu plus mon moral… et là je remercie du fond du coeur mon chéri et mes parents, que j’ai au téléphone, qui s’acharnent pour me motiver à ne pas lâcher cette 4ème place que je détiens encore malgré tout. Je reçois également plein de textos d’encouragements d’amis coureurs qui font chaud au coeur. Cela me redonne un peu de motivation pour la portion jusqu’à Ratineau… Pour rechuter de plus belle… Je réalise une portion pitoyable entre Ratineau et la Possession. Portion réalisée, dans son intégralité en marchant, non pas parce que je ne peux pas mais simplement parce que mon cerveau ne veut pas. Les coureurs de la diagonale vont plus vite que moi et ce sont eux qui me bougent… cherchez l’erreur!!

Ravito de la Possession, je trouve Cristel, choquée de me voir si penaude, ainsi que Pascal Penot, qui réussit l’exploit de me remettre enfin dans ma course!! J’ai aussi des news de Perrine et Julien qui vont terminer cette diag ensemble, désormais, c’est sûr :-)

Pour moi le chemin des anglais n’est qu’une simple formalité, j’arrive sur grande chaloupe, une féminine me talonne… Il fallait bien que ça arrive avec toute la « merde » que je fais depuis tous ces kilomètres! Elle est plus fraîche que moi, donc je ne lutte pas pour la tenir… je ne peux m’empêcher de ressasser « qu’elle devrait être 30min derrière »… c’est bon Laurie, faut arrêter avec ça maintenant! La dernière ascension est horrible, mais je la monte à mon rythme. Je suis admirative des coureurs de la diag qui sont avec moi, quel mérite d’en être là, avec tout ce qu’ils ont enduré avant, chapeau et immense respect, moi je suis la gamine qui me plaints depuis des heures et des heures… nul nul.

En haut du colorado, il reste 5-6km de descente. J’en ai bientôt terminé, au lieu de me bouger pour en finir, je suis en mode marche, je descends telle une éclopée, j’ai les jambes qui tirent… quand soudain, j’entends une voix de fille qui papote avec les coureurs de la diag 5m plus haut et qui se met à crier « est-ce qu’il y a une fille du Bourbon? » Et là, je vrille, la galinette râleuse se transforme en galinette warrior, je suis 5ème, 3ème sénior, après tout ce que j’ai enduré, tu ne passeras pas, pas toi, pas maintenant, pas après tout ça, pas après avoir joué la dépressive auprès de mon galinours et des mes gali-parents, je ne peux pas les décevoir! Je ne réponds pas, et j’actionne le turbo! Un éclair de frontale s’élance dans la nuit, elle le voie et se met à ma poursuite. Il doit rester 3km, je n’ai plus mal aux jambes, mes appuis sont précis et solides dans la nuit, je surfe sur les racines, je slalome entre les coureurs de la diag que je supplie de s’écarter, ces derniers se jettent sur les côtés pour me laisser passer (merci merci), je descends à allure trail de 20 bornes. Je sens ma poursuivante, petit à petit, s’éloigner, mais pas question de relâcher. Je sors de la forêt, je vais plus vite que lorsque je fractionne sur le stade en 30/30, j’ai le coeur qui va exploser, je franchis la ligne les cheveux en l’air, Christophe n’a pas le temps d’ajuster son objectif pour me prendre en photo, mdr! Ouf j’ai gardé ma place et j’ai même repris 4min à la nana :-)

Pas de rondade, pas de gali-show, pas de sourire… 5ème féminine, je suis censée exulter de joie!! Ce n’est pas le cas, c’est comme ça! Ludo, si tu avais été là, j’aurais fait l’effort ;-) Le sourire, ce sont mes amis qui me l’on redonné, et en même temps, quelques larmes aussi! Merci Cristel, Nico et Christelle, Christophe, d’avoir été là :-)

 

Une expérience de folie, qui m’a appris encore beaucoup de choses, un véritable ascenseur émotionnel ce trail de Bourbon. Et quand on sait que cette course et ce voyage n’étaient pour moi que du bonus, et bien je suis ravie de ce résultat là.

Avec une semaine de recul, je trouve cela encore plus beau que si tout s’était passé normalement, sans ces bornes en plus et les conséquences qu’elles ont engendrées. Je trouve ce sport magnifique. Je trouve énorme la capacité que l’on a de surmonter les difficultés qui se mettent en travers de notre chemin, capacité que je n’aurais certainement pas, sans mes proches qui me poussent à me dépasser.

Et finalement, je ne retiens que du positif et je me languis déjà la saison prochaine. Je garde juste en mémoire une interrogation « que ce serait-il passé si je n’avais pas était mal aiguillée? » La même question que doit se poser ma galinette « que ce serait-il passer si elle n’avait pas pris le départ de la diag diminuée de la sorte? » Peu importe, ce qui compte, ce sont les histoires qui ont été vécues, et elles sont bien belles.

Un méga bravo à mes copines du sud, Audrey et Irina, qui tiendront leurs 2nd et 3ème place au scratch, avec des temps de ouf. On a bien représenté notre région les filles!

 

Mes remerciements à ceux qui m’ont permis de prendre le départ (ils se reconnaîtront), à tous mes amis qui se sont occupés de moi sur place (ma galinette et Julien, Christelle et Nico, Damien, Cristel, Aude et Nico. A la Team Gaspar, des bénévoles qui ont assurés des ravitos topissimes, une chance incroyable de les avoir. Merci Phil, pour le boulot énorme de coordination que tu as accompli. Parce que, la cerise sur le gâteau, c’est que nous finissons 1ère équipe féminine du trail de Bourbon avec la « Team Gaspar l’effet peï »

Un immense merci à mon chéri et à mes parents pour leur soutien inestimable, qui m’a permis d’éviter une dégringolade au classement. Merci aussi à tous mes amis qui m’ont suivie, et qui me suivent régulièrement, c’est une chance extraordinaire de vous avoir. Enfin merci à nos gali-kinés, qui au delà de nous supporter, arrivent aussi à nous soigner, de même pour le team endurance shop, qui nous suit tous nos délires de galinette.

En parlant de galinette, tu ne peux pas savoir comme je suis fière de ta diagonale, même si ce n’est pas celle que tu espérais, celle pour laquelle tu t’étais préparée, ce que tu as réalisé est bien plus impressionnant qu’un super chrono! Alors bravo! Bravo à toi, bravo à Juju (un enchaînement UTMB-Diag qui force au respect), bravo à Damien (34h30 sur un premier essaie, c’est juste waouh), bravo aux finisher de cette épreuve, qui est bien plus qu’un ultra-trail, et bravo à tous les fous qui ont tenté le défi… sans l’avoir réussi… juste un prétexte pour revenir à la Réunion!

Une île merveilleuse, merci ma Cricri, de me l’avoir faite découvrir durant cette semaine. Je suis happy! »

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